La dynamique de l’Occident - Norbert Elias




Dans La dynamique de l’Occident, Norbert Elias développe la notion de « processus de civilisation », phénomène qu’il caractérise principalement par un accroissement de l’autocontrainte dans l’ensemble des comportements individuels. Ce même processus est, selon lui, lié à la formation de l’Etat.

Ainsi, il met en place parallèlement à une théorie de la « sociogenèse de l’Etat », une théorie de la civilisation. Ainsi, Norbert Elias prend pour point de départ à sa réflexion la société féodale occidentale et plus particulièrement la société française. Dans cette perspective, il analyse les évolutions de la société féodale française et dans quelle mesure celles-ci aboutissent à la constitution progressive de l’Etat, sans que les acteurs n’aient conscience du processus en action.

la société et les rapports de domination.

extraits de La dynamique de l’Occident - Norbert Elias

[...] La théorie avancée par Norbert Elias peut également être confrontée aux conceptions de l’Etat d’autres auteurs. Dans une première phase qu’Elias caractérise de « phase de concurrence libre », et qu’il fait débuter au XIème siècle et terminer au XIIIème, les différents seigneurs féodaux luttent pour étendre leur domination sur des territoires plus vastes. L’enjeu de cette lutte étant l’hégémonie ou la perte de l’indépendance, il apparaît que lors de cette phase de concurrence libre, certains guerriers finissent par ne plus avoir la capacité de remettre en cause la domination d’autres seigneurs. [...]

[...] Parallèlement au développement de l’autocontrainte, Norbert Elias repère également deux phénomènes qui accompagnent le processus de civilisation : la gène et la pudeur. Il définit la pudeur ainsi : « sorte d’angoisse qui se reproduit dans l’individu d’une manière automatique et habituelle dans certaines circonstances ». Cette pudeur n’est pas seulement issue d’un conflit entre l’individu et la société, c’est également un conflit qui met en cause l’économie psychique de l’individu : ce dernier ce reconnaît lui-même comme inférieur. La progression du seuil de la pudeur est l’expression d’une prudence que la différenciation sociale impose à un nombre sans cesse croissant de groupes humains pour assurer leur existence sociale. [...]

[...] Il apparaît que chaque individu développe à coté de l’autocontrôle conscient, un mécanisme d’autocontrôle automatique et aveugle ou autocontrainte. Consciente ou inconsciente, l’orientation du comportement est déterminée par les progrès de la différenciation sociale, de la division des fonctions, par l’extension des chaînes d’interdépendance dans lesquelles s’insère chaque manifestation de l’homme isolé. Cet autocontrôle est en partie réalisé par l’éducation. Par ailleurs, Norbert Elias souligne que c’est la formation de monopoles qui permet la mise en place d’un mécanisme de « conditionnement social ». [...]

[...] Plus la dépendance des hommes s’accroît plus ils ont tendance à s’observer réciproquement. Enfin, chaque poussée civilisatrice s’accompagne d’une augmentation de la puissance sociale des couches touchées par elle. Le processus de civilisation contribue à favoriser la mobilité sociale des individus et groupes sociaux. Ainsi, ce sont des couches de plus en plus larges qui ont tendance à s’élever. La théorie exposée par Norbert Elias dans La dynamique de l’Occident représente une tentative ambitieuse : rendre compte de la civilisation comme du processus politique affectant l’histoire de l’Occident dans son ensemble. [...]

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